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L'ordre dominicain a possédé dès le commencement ses historiens, mais ce n'est qu'au début du dix-septième siècle que l'on entreprit de mettre par écrit son histoire et cela comme un projet officiel de l'ordre. Le chapitre général de 1600 donna la première de toute une série d'ordinations qui demandaient à chaque province et vicariat de recueillir du matériel historique et de l'envoyer au maître de l'ordre, avec l'intention de confier à quelqu'un d'écrire une histoire générale de l'ordre ; trois personnes de fait reçurent cette charge, Tomás Malvenda, Abraham Bzovius et Jean de Réchac, mais rien de satisfaisant ne résulta de leurs labeurs ; Malvenda était mécontent de ce qu'il avait écrit lorsqu'il abandonna sa tâche en 1608 pour retourner dans sa province, et ses Annales furent publiées contre sa volonté en 1627. Bzovius mourut en 1637 sans avoir rien pu faire du matériel qu'il avait accumulé, et excepté quelques compilations hagiographiques, le seul fruit des labeurs de Réchac comme « historien général de l'ordre » fut la publication en 1647 d'une vie fantaisiste de saint Dominique, combinée avec des notes historiques de valeur sur la plupart des couvents français.
Un plus grand succès fut atteint avec deux projets plus limités. En 1670 les provinciaux furent priés de recueillir les renseignements sur les auteurs dominicains et de les envoyer au maître à l'usage de Michele Giustiniani (1612-1680), un érudit séculier, qui projetait d'établir une bibliographie dominicaine ; peu après le dominicain parisien Jacques Quétif, qui travaillait à un projet similaire, fut formellement chargé par la maître de l'achever. A sa mort en 1698, son compatriote Jacques Échard fut choisi pour lui succéder ; en 1719 et en 1721, il publia les deux volumes des Scriptores Ordinis Prædicatorum, qui demeurent un ouvrage de référence essentiel jusqu'à aujourd'hui.
Le matériel que l'on avait demandé depuis 1600 comprenait bulles papales et privilèges ; le maître général Cloche chargea en 1705 son socius espagnol Tomás Ripoll d'éditer un Bullarium dominicain ; lorsque Ripoll fut élu maître en 1725, il remit sa charge à son socius français, Antonin Brémond, et le Bullarium Ordinis Prædicatorum parut en huit volumes de 1729 à 1740.
Brémond mit également la main à l'histoire de l'ordre désirée de longue date. Lorsqu'il fut élu en 1748 pour succéder à Ripoll, le chapitre général de l'ordre le chargea d'établir un groupe d'historiens qui continuerait son travail ; dans les années qui suivirent fut dûment constituée une équipe à Rome sous la direction de Tommaso Mamachi, et en 1756, un an après la mort de Brémond, le premier volume de leurs savantes Annales Ordinis Prædicatorum fut publié. Pourtant, malgré le travail continuel de Mamachi et de ses collaborateurs comme individus, aucun tentative ne fut faite de les conserver comme une équipe ou de recruter de nouveaux historiens pour cette Å“uvre ; et les temps troublés qui suivirent la révolution française ne furent guère propices à sa reprise.
Un intérêt officiel prêté à l'histoire de l'ordre parut à nouveau en 1841 lorsque le chapitre général demanda que soit réunie une mise-à-jour du matériel qui touche aux constitutions dominicaines, et dès la fin des années 1850 et au-delà, sous les auspices des différents maîtres, un certain nombre de dominicains se consacrèrent à différents aspects de l'histoire dominicaine, comme Gaetano Cicero (1805-1888) qui produisit l'édition mise-à-jour des Constitutiones, Declarationes et Ordinationes, Thomas Bonnet (1825-1895) qui entreprit la révision des Scriptores, Vincent Ligiez (1823-1898) qui entreprit un Epitome Bullarii (notes critiques et additions au Bullarium). L'année 1893 vit la naissance d'un nouveau périodique sous la direction éditoriale de Pie Mothon (1854-1929), les Analecta Sacri Ordinis Prædicatorum, qui contenait des sections régulièrement consacrées au matériel historique ; en 1898 fut commencée une série d'éditions de textes, les Monumenta Ordinis Prædicatorum Historica, dont quatorze volumes parurent jusqu'en 1904, presque tous édités par Benedikt Reichert (1868-1917). Aucune révision complète des Scriptores ne fut achevée, mais une continuation jusqu'en 1750 fut publiée entre 1909 et 1934 par Rémi Coulon et Antonin Papillon.
En 1929, le chapitre général chargea le maître nouvellement élu, Stanislas Gillet, d'établir une « école d'histoire » auprès du Collegio Angelico, et de trouver de jeunes dominicains formés en histoire afin de les faire travailler à l'édition des textes dominicains primitifs. Au lieu de cela, Gillet établit en 1931 au couvent de Sainte-Sabine, qui venait d'être restitué à l'Ordre, un institut avec sa propre bibliothèque spécialisée, dont le but était de promouvoir des études scientifiques d'histoire dominicaine et des éditions de textes dominicains. La partie historique des Analecta fut transférée à la nouvelle revue de l'Institut, l'Archivum Fratrum Prædicatorum, qui parut pour la première fois en 1931. Cette même année parut également le premier volume d'une nouvelle série de monographies, les Dissertationes Historicæ ; les Monumenta recommencèrent à paraître en 1933 et une révision complète des Scriptores jusqu'à 1500 parut en quatre volumes entre 1960 et 1993. En 1992, un premier numéro de la Dominican History Newsletter fut publié, constitué de bibliographie et d'autres éléments servant à l'étude de l'histoire dominicaine.
En 1974, le chapitre général émit le désir que le couvent de Sainte-Sabine, qui depuis 1936 est la résidence officielle du maître, soit réservé si possible à la seule curie de l'Ordre. Le nouveau maître de l'Ordre, Vincent de Couesnongles, déplaca l'Institut Historique à l'Angelicum, où il demeure à ce jour, ainsi que sa bibliothèque à laquelle a été jointe celle de l'ancien Institut liturgique, formant ainsi un précieux instrument de recherche. L'Archivum paraît chaque année depuis 1931 : s''y est joint un premier volume de Complementa. La Newsletter paraît chaque année depuis 1992, et à cette date (automne 2006), 32 volumes de Dissertationes ont été publiées ainsi que 29 volumes de Monumenta. |

